À PROPOS

Portrait d’Anne Laure Boyer. Photographie de Patxi Beltzaiz – 2022

curriculum vitæ

Depuis vingt ans, je travaille sur la mémoire des lieux et des parcours humains, le déplacement et l’exil. J’explore la dimension cachée des paysages, à la recherche de ce qui continue d’exister sous d’autres formes, et qui demeure vivant par delà la destruction. Les souvenirs, les traces, l’imaginaire des lieux et des objets nourrissent mes films, mes cartographies, dessins et installations. J’interviens sur l’architecture des souvenirs et les mémoires collectives. Un art de créer des refuges. Trouver des chemins pour ouvrir des mondes là où tout semblait figé, détruit, avenu. Parier sur l’extraordinaire plasticité de la mémoire et la force des récits. 

J’ai travaillé en France, en Espagne et au Maroc, dans différentes situations de mutation comme la démolition de logements sociaux, la vie en maison d’enfants, le camp d’internement, et les villages engloutis dans les barrages hydrauliques.

Originaire de Paris et basée à Bordeaux depuis 2006, diplômée de l’école supérieure des arts-décoratifs de Strasbourg, après des études en arts-plastiques à l’Université Paris VIII et à l’Académie des beaux-arts de Brera à Milan, mon parcours s’est construit autour de résidences d’artistes ou de commandes dans des territoires et des milieux spécifiques.

« Il y a des gens qui arrivent et des gens qui partent. Des gens qui s’attachent et se détachent, s’ancrent et s’arrachent. De ces mouvements intimes qui nous lient à un lieu, Anne-Laure Boyer tisse une constellation d’architectures provisoires, de reliques et de maquettes, de trésors, de cabanes. Lieux laissés derrière soi, dans le désir ou l’urgence ou bien lieux minuscules, images mentales, objets symboliques sans cesse réinventés pour se créer, partout, des refuges.(…) Cette attention à ce qui s’édifie et à ce qui s’enterre, à ce que recouvrent les bâtiments et à ce qu’ouvre leur disparition traverse toute son œuvre ; sensible aux politiques sociales et urbaines, à la parole des habitants et à leur place dans l’espace des villes — comment ils s’y logent, comment ils s’inscrivent dans ces lieux qui nous transforment à mesure que nous les façonnons. (…) Réactiver. Ne pas se contenter du souvenir mais permettre aux espaces de muter, de migrer vers un autre coin de la mémoire, plus flottant, plus durable aussi puisqu’ils deviennent des pans entiers de nos fictions intimes. (…) Le processus est, en lui-même, un perpétuel déménagement puisque dans la recherche de l’artiste loge, en filigrane, sa propre quête d’un refuge qui se fabrique dans le dépaysement. »

Hélène Gaudy,
Architectures provisoires, à propos du travail d’Anne-Laure Boyer